Fotográfia (1973) est le film le plus célèbre de Pál Zolnay, même s'il est quelque peu oublié de nos jours. Le film commence à Budapest la veille du Nouvel An. Pendant que les gens célèbrent, plusieurs photographes se promènent, prenant des photos qu'ils proposent ensuite à la vente à leurs sujets. La séquence est tournée d'une manière qui oscille entre le documentaire et la fiction. Parfois, les gens regardent droit dans l'objectif ; d'autres fois, l'objectif se concentre sur un individu qui s'avérera être le protagoniste. Il s'avère qu'il exerce lui-même le même métier, et il semble que ce qu'il vit cette nuit-là lui donne une idée commerciale.
Avec un ami qui est retoucheur, il parcourra la campagne hongroise, photographiera des gens dans les villages et leur proposera de vendre leurs photos. Ils vont de village en village pour constater que les gens ont des points de vue variés sur le fait d'être photographiés. Une chose qu'ils semblent avoir en commun est qu'ils ne s'intéressent pas aux « vraies » photos, qu'ils jugent laides, mais demandent une retouche. L'idée initiale de Zolnay était que le film serait centré sur cette dichotomie, et qu'il y aurait une certaine tension entre les deux protagonistes. Il n'y avait pas de scénario, mais simplement quelques situations où les thèmes étaient censés être dépeints. Puis quelque chose s'est produit qui a changé le cours du film.
Soudain, une personne raconte l'histoire d'un double meurtre de deux jeunes sœurs qui s'est produit il y a des années. Les personnes impliquées sont toujours dans le village, mais certaines ne semblent pas désireuses d'en parler. Cette histoire inattendue et choquante a eu un impact profond sur l'orientation de Fotográfia. Néanmoins, il ne se réduit jamais à une simple histoire de meurtre non plus. La dynamique du film est difficile à exprimer avec des mots, mais elle semble changer constamment de manière organique. Il y a un musicien qui suit nos personnages principaux en chantant des chansons qui peuvent ou non refléter l'action du film.
Le regard de Fotográfia
Fotográfia ne fait jamais de déclarations clichées sur la réalité contre la fiction, mais traite les thèmes avec habileté. Si je devais faire référence à un autre cinéaste, Kiarostami me viendrait à l'esprit, en particulier les films réalisés après la trilogie de Koker. Zolnay parvient à trouver un langage cinématographique unique qui n'appartient ni à la catégorie fiction ni à la catégorie documentaire, mais qui, en même temps, commente les deux. Si cela ne suffit pas, le film est tourné par le maître Elemér Ragályi et est constamment un plaisir à regarder. Le film remplit son court métrage d'images magnifiques et de beaucoup de matière à réflexion. Quiconque est séduit par un film comme Visages Villages (2017) pour une raison quelconque trouvera beaucoup plus de substance dans l'œuvre de Zolnay.
Le film est disponible sur Filmio moyennant une petite somme avec des sous-titres anglais. Il est fortement recommandé.