Michel Piccoli est Mort
Écrire sur Michel Piccoli est une tâche ardue. Sa filmographie compte plus de 200 rôles. Il a collaboré avec de nombreux réalisateurs essentiels, rendant impossible de tous les nommer. Ils étaient aussi distinctifs qu’Alain Resnais, Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Michel Deville, Alain Cavalier, Louis Malle, Claude Sautet, Jacques Doillon et Leos Carax. Et ce n’est qu’une fraction des réalisateurs français avec lesquels il a travaillé. Il y a eu aussi des collaborations avec des cinéastes internationaux, dont Alfred Hitchcock, Marco Bellocchio, Jerzy Skolimowski, Theo Angelopoulos, Ettore Scola et Yousef Chahine, entre autres. Sept de ses performances figuraient dans des films de Marco Ferreri, dont Dillinger è Morto.
Les premières années
Né en 1925, Piccoli a commencé à jouer dans les années quarante, au théâtre comme au cinéma. Parmi ses premières œuvres avec des réalisateurs célèbres figurent French Cancan (1955) de Renoir, La Mort en ce Jardin l’année suivante, et Le Doulos (1962) de Melville. Les années soixante seraient la décennie de son ascension avec des rôles tels que Paul dans Le Mépris (1963) de Godard, le sinistre René dans le thriller atypique de Costa-Gavras, Compartiment Tueurs (1965) et surtout, le rôle d’Henri Husson dans Belle de Jour. (1967). Le rôle de Husson, qui initie Séverine (Catherine Deneuve) au monde de la prostitution, fut l’un des nombreux moments forts de la carrière de Piccoli.
Près de quatre décennies plus tard, l’acteur reprendrait son rôle, mais pour Manoel de Oliveira dans Belle Toujours (2006). Au total, il tournerait six films avec Luis Buñuel. Avec Manoel de Oliveira, il apparaîtrait dans cinq films, y compris le court métrage de trois minutes Rencontre Unique (2007).
Mes cinq rôles préférés de Michel Piccoli
Les Créatures
Dans Les Créatures d’Agnès Varda, Piccoli a une rare occasion de montrer son côté plus joueur. Dans le rôle d’Edgar, il doit naviguer dans un monde où les règles du jeu semblent toujours changer sans ordre ni explication. L’acteur ne protège pas son personnage (il le faisait rarement) mais est plus que partant pour relever les défis que Varda lui lance, qu’il s’agisse de parler aux animaux (dont Piccoli fournit également les voix) ou de s’impliquer dans des combats aléatoires sans raison discernable.
La Femme en Bleu
La réputation de Michel Deville semble être à la hausse maintenant. C'est une revanche bienvenue pour un réalisateur qui a constamment réalisé des films spirituels et captivants mais qui ne portait que rarement le badge d'Auteur sur sa manche. En dehors de la France, il est peut-être surtout connu pour son thriller comique de 1985 Péril en la Demeure, traduit par « Death in a French Garden ». Un fait qui a ravi Deville, car il était un grand fan de The Draughtsman’s Contract de Peter Greenaway, sorti en France sous le titre « Meurtre Dans un Jardin Anglais ». Piccoli a un rôle petit mais essentiel dans le film. Cependant, celui sur lequel je veux me concentrer est La Femme en Bleu (1973).
En tant que musicien Pierre, Piccoli plonge une fois de plus dans l'obsession de son personnage, provoquée à cette occasion par un bref aperçu de la femme titulaire, puis par la majeure partie du film à essayer de la retrouver. Il engage même sa maîtresse (Lea Massari) dans le processus, qui ressemble en fait de manière frappante à la femme vêtue de bleu qu'il recherche. Difficilement un personnage principal auquel s'identifier, mais néanmoins captivant.
Généalogies d’un Crime
Le film de Raoul Ruiz de 1997, Généalogies d’un Crime, est l'histoire bizarre d'une avocate ratée (Catherine Deneuve) qui accepte des affaires difficiles et perd systématiquement. Elle s'emmêle avec deux psychiatres rivaux, interprétés par Michel Piccoli et l'également brillant Andrzej Seweryn. Une scène où les deux se disputent dans un café en plein air, assis à des tables différentes, est particulièrement hilarante. Tout au long du film, George Didier, comme s'appelle le personnage de Piccoli, est constamment au bord de la folie et ne reculera devant rien pour prouver ses théories. C'est l'une des œuvres les plus accessibles de Ruiz, sans sacrifier aucune complexité.
Belle Toujours et Je Rentre a La Maison
Le film susmentionné de Manoel de Oliveira est le deuxième film de la franchise Belle de Jour. Près de 40 ans après les événements du premier film, Husson pense voir Séverine à un concert. Il la suit, mais elle parvient à l'éviter. En essayant de la traquer, il fréquente un bar où il engage de longues conversations avec le barman, interprété par le régulier/parent d'Oliveira Ricardo Trépa. Finalement, Husson parvient à persuader Séverine de dîner avec lui. L'une des raisons est qu'elle veut savoir ce qu'il a murmuré à son mari toutes ces années auparavant. Deneuve a été approchée mais a refusé le rôle, qui est interprété à la place par Bulle Ogier.
Cela pourrait être l'une des meilleures vitrines du charisme de Piccoli, outre Je Rentre a La Maison (2001) d'Oliveira. Les rôles sont courts en dialogue, mais la présence des acteurs prête aux films leur gravité nécessaire. L'hommage le plus drôle et le plus poignant à Michel Piccoli peut être le tweet de sa co-star du Mépris, Brigitte Bardot. « Michel Piccoli. Il avait du talent, de l’humour et il aimait mes fesses. »
