Tamara (2004) est le deuxième film de Szabolcs Hajdu, succédant à son premier, Sticky Matters (Macerás ügyek 2001), que je n’ai pas vu. Tamara se déroule dans la campagne hongroise où Demeter Játékos (Domokos Szabó) vit avec sa femme, Bori (Ágnes Anna Kovács). Leur vie relativement paisible et sans éclat est interrompue par l’arrivée du frère de Demeter, Krisztian, et de sa petite amie, la dénommée Tamara (la régulière de Hajdu, Orsolya Török-Illyés). Cette dernière se sent déplacée dans cet environnement rural. Elle est assez élégante, bien qu’elle porte un marteau dans son sac à main chic. Son arrivée (plus que celle de Krisztian) crée une rupture dans le statu quo qui était tenu pour acquis avant son apparition. Tous les ingrédients d’un drame de jalousie sont présents.
Le film s’ouvre sur des vues aériennes du village où il se déroule. Les couleurs sont un peu décalées (voire plus que décalées), et des animaux fournissent la narration dans une langue incompréhensible qui nécessite des sous-titres hongrois. La musique ne semble pas non plus très naturaliste, et dès le début, le spectateur est implicitement averti qu’il ne s’agit pas d’une sortie ordinaire au cinéma. Le style crie constamment pour attirer l’attention, mais pas de manière odieuse. La durée de 75 minutes garantit que l’œuvre ne s’éternise jamais. Demeter est photographe, mais quand nous le rencontrons, il semble avoir subi une sorte de dépression et traverse une crise créative.
Il y a quelques mystères dans le film, comme la raison pour laquelle le plancher en bois de la maison développe soudainement de petits trous. S’agit-il d’un petit animal ou d’une autre présence ? Principalement, le film ne se préoccupe pas de ces choses ni même du déséquilibre causé par l’arrivée de Krisztián et Tamara. C’est plutôt un film où la stylisation prend le devant de la scène. L’une des stars du film est Mónika Esztán, la chef décoratrice qui a également créé les costumes. Combiné à la cinématographie d’István Szaladják, le style original rappelle parfois certains films des années soixante, comme la Nouvelle Vague tchèque ou les œuvres de Skolimowski.
Quel est le but de Tamara ?
L’histoire était à l’origine une pièce de théâtre, et la conception de la production révèle les racines théâtrales du film. Le décor comporte plusieurs fenêtres qui servent de points de vue pour le public plutôt que de bénéficier aux personnages. Si Demeter Játekos ne porte pas bien son nom (Játekos signifie joueur), l’équipe créative du film l’est certainement. En gardant à l’esprit les références susmentionnées, le film conserve sa propre originalité décalée. Lorsque le marteau de Tamara entre enfin en jeu, il fait partie d’une conclusion satisfaisante, du moins sur la forme. Ce pourrait même être le film parfait pour un rendez-vous.
La carrière ultérieure de Szabolcs Hajdu
La carrière de Hajdu prend un tournant décisif en 2006 avec White Palms (Fehér tenyér). L'histoire d'un gymnaste hongrois qui a subi un entraînement abusif dans son enfance est basée sur le frère du réalisateur, qui joue également le rôle dans le film. Lorsqu'il déménage au Canada pour enseigner, il continuera, à certains égards, le cercle vicieux de la violence lorsqu'il sera frustré. Le film a connu un succès critique et commercial immédiat grâce à son style épuré et est l'œuvre à laquelle le réalisateur est principalement associé. Mon choix de film pour ce texte est un indicateur de ma préférence.
